Article publié le 8 juillet 2026
La canicule dans le BTP est devenue un enjeu majeur pour les entreprises du secteur. Les épisodes de chaleur extrême se multiplient sur l’ensemble du territoire français. Ces canicules ont des conséquences directes sur l’organisation des équipes, la sécurité sur un chantier et le respect des délais contractuels.
Face à l’augmentation des risques de déshydratation, d’épuisement thermique ou de coup de chaleur, la réglementation a fortement évolué entre 2024 et 2025. La canicule est désormais reconnue comme une situation pouvant justifier un arrêt de chantier au titre du régime des intempéries. Dans le même temps, les obligations de prévention des employeurs ont été renforcées.
Quels sont les risques ? Quelles mesures mettre en place ? Quand faut-il arrêter un chantier ? Voici ce que les entreprises du bâtiment et des travaux publics doivent connaître.
Depuis 2024, la canicule est intégrée au régime du chômage intempéries du BTP. Depuis le 1er juillet 2025, les employeurs doivent intégrer les risques liés aux épisodes de chaleur intense dans leur démarche de prévention et mettre en œuvre les mesures adaptées. Les principales sont l’évaluation des risques, la fourniture d’eau fraîche, l’aménagement des horaires, les zones de repos et l’adaptation des équipements de protection.
Il faut distinguer les obligations de prévention du régime de chômage intempéries. La prévention s’applique dès qu’un épisode de chaleur intense est identifié, notamment lors d’une vigilance jaune, orange ou rouge. Le chômage intempéries canicule répond, lui, à des conditions spécifiques, généralement liées à une vigilance orange ou rouge ou à un arrêté préfectoral ordonnant la suspension d’activité.
En cas de canicule, l’employeur doit évaluer les risques, adapter l’organisation du chantier et protéger les salariés exposés. Lorsque les conditions de travail deviennent dangereuses malgré ces mesures, un arrêt de chantier peut être déclaré au titre des intempéries canicule BTP sous certaines conditions.
La gestion des fortes chaleurs sur chantier a connu deux évolutions majeures. La première concerne la reconnaissance officielle de la canicule comme motif d’arrêt au titre du chômage intempéries. Depuis le décret du 28 juin 2024, les entreprises peuvent bénéficier d’une prise en charge lorsque certaines conditions météorologiques rendent l’activité dangereuse.
La canicule est incluse dans ces conditions grâce à l’ajout de l’article D. 5424-7-1 dans la section 2 du Chapitre IV du titre II du livre IV de la cinquième partie du Code du travail. Cette section comporte d’autres articles relatifs aux périodes d’arrêt saisonnier et au versement des congés intempéries pour le BTP. Pour connaître les modalités de déclaration d’un arrêt de chantier et de remboursement des indemnités, il est recommandé de se référer à sa caisse CIBTP.
La seconde évolution résulte du décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, entré en vigueur le 2 juin 2025. Il a introduit dans le Code du travail un chapitre dédié à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense. Lorsqu’une évaluation révèle un risque pour la santé ou la sécurité des travailleurs, l’employeur doit définir et mettre en œuvre des mesures de prévention adaptées, notamment :
Pour la prévention, un épisode de chaleur intense est caractérisé dès une vigilance jaune, orange ou rouge. Pour le chômage intempéries canicule, les périodes concernées correspondent aux vigilances orange ou rouge, sous les autres conditions du régime.
La protection des salariés repose désormais sur plusieurs mesures complémentaires. L’objectif consiste à réduire l’exposition à la chaleur tout en maintenant l’activité lorsque cela reste possible. Les recommandations suivantes figurent sur le site de la Fédération Française du Bâtiment (FFB).
L’employeur doit tout d’abord intégrer le risque thermique dans son Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Cette analyse doit prendre en compte les tâches physiques, le port des EPI (Équipements de Protection Individuelle) et l’exposition au soleil. Lorsque l’employeur est informé d’une situation de vulnérabilité, il doit également adapter les mesures de prévention en lien avec le service de prévention et de santé au travail. S’il dispose d’une équipe de 50 salariés et plus, il est tenu de fournir un Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d’Amélioration des Conditions de Travail (PAPRIPACT).
L’organisation du travail doit également être adaptée. Les tâches les plus physiques doivent être réalisées pendant les heures les plus fraîches lorsque cela est possible. Lorsque les règles locales le permettent, l’entreprise peut avancer les horaires, réduire l’exposition aux heures les plus chaudes et renforcer les pauses. Les adaptations doivent être organisées avec le maître d’ouvrage ou le maître d’œuvre lorsque le chantier l’exige. Cela nécessite une mise à jour régulière de votre planning de chantier.
L’approvisionnement en eau constitue une autre obligation essentielle. Sur les chantiers où aucun point d’eau courante n’est disponible, l’entreprise doit mettre à disposition au moins trois litres d’eau potable fraîche par salarié et par jour. De plus, l’article R. 4463-4 du Code du travail oblige l’employeur à prévoir un moyen de maintenir cette eau au frais tout au long de la journée et à proximité des postes de travail.
Les zones de repos doivent permettre aux équipes de récupérer dans de bonnes conditions. Cela peut passer par des espaces ombragés, des bungalows ventilés ou climatisés ou encore des dispositifs de protection contre le rayonnement solaire.
Les équipements de protection individuelle doivent rester compatibles avec les conditions climatiques. Les vêtements respirants, les protections UV, les protège-nuques ou encore les gilets rafraîchissants permettent de limiter l’exposition à la chaleur.
Le travail torse nu est incompatible avec les exigences de prévention et de sécurité sur un chantier. Le port du short peut également être inadapté lorsque les risques du poste imposent une protection des jambes contre les projections, coupures, brûlures et rayonnement UV.
Le coup de chaleur constitue le risque le plus grave associé aux épisodes caniculaires. Lorsque l’organisme ne parvient plus à réguler sa température, les conséquences peuvent être très rapides : malaise, perte de connaissance, atteinte neurologique ou arrêt cardiaque. L’INRS rappelle que le coup de chaleur est mortel dans 15 à 25 % des cas.
Les premiers signes d’alerte ne doivent jamais être négligés :
En cas de suspicion de coup de chaleur, arrêtez immédiatement le travail et mettez la personne dans un endroit frais. Retirez-lui les vêtements et EPI qui gênent le refroidissement et contactez les secours au 15, au 18 ou au 112. Ne faites pas boire une personne confuse, somnolente ou inconsciente. Suivez les consignes données par les secours.
Devant une suspicion de coup de chaleur, il faut arrêter immédiatement le travail, placer la personne dans un endroit frais ou à l’ombre, la rafraîchir et contacter les secours au 15, au 18 ou au 112.
Ne donnez à boire que si la personne est consciente, alerte et en capacité d’avaler. Ne la laissez jamais seule.
La prévention repose également sur la vigilance collective. Sur les chantiers exposés à de fortes chaleurs, il est préférable d‘éviter le travail isolé afin de permettre une détection rapide des signes de détresse.
Les conducteurs de travaux et chefs d’équipe jouent un rôle déterminant dans cette surveillance quotidienne. Par ailleurs, l’entreprise doit prévoir les modalités de signalement d’un malaise et d’intervention des secours, en particulier pour les salariés isolés ou éloignés. Ces consignes doivent être connues de l’équipe. Artisan seul ou dirigeant présent sur chantier : les mêmes principes s’appliquent. Il faut anticiper l’eau fraîche, les pauses, l’ombre, la limitation des efforts et les modalités d’alerte en cas de malaise.
L’arrêt d’un chantier ne repose pas sur une température fixe. L’entreprise évalue la situation en fonction des conditions météorologiques réelles, des tâches réalisées et de l’efficacité des mesures de prévention mises en place. Les niveaux de vigilance Météo-France constituent désormais le principal indicateur de référence. D’après l’arrêté du 27 mai 2025 :
C’est dans ce contexte que les notions d‘intempérie canicule, d’intempérie chaleur BTP ou encore d’intempéries chaleur prennent tout leur sens. Comme pour le gel ou les fortes pluies, ces conditions climatiques peuvent rendre l’exécution normale des travaux impossible, voire dangereuse. Le chef d’entreprise, ou son représentant sur le chantier, décide de l’arrêt après avoir évalué les risques et vérifié que les conditions atmosphériques rendent réellement le travail impossible ou dangereux. Avant de déclarer un arrêt au titre du chômage intempéries, l’employeur doit rechercher s’il peut proposer aux salariés des travaux de remplacement. Selon la CiBTP, ces travaux peuvent ne pas correspondre à leurs métiers ou à leurs qualifications. Dans ce cas, le salaire normal est maintenu et les heures travaillées ne relèvent pas du régime du chômage intempéries. Si aucun travail de remplacement ne peut être proposé, que les conditions atmosphériques rendent effectivement le travail impossible ou dangereux et que les autres conditions d’éligibilité sont réunies, l’arrêt peut être valablement déclaré.
La CIBTP rappelle également deux règles importantes :
À la demande des collectivités publiques, l’employeur peut également mettre à leur disposition les salariés arrêtés afin de réaliser des travaux d’intérêt général, dans les conditions prévues par la réglementation.
L’intégration de la canicule au régime du chômage intempéries constitue une évolution majeure pour le secteur. En principe, les arrêts de chantier pour canicule sont recevables entre le 1er juin et le 15 septembre. Des dispositions exceptionnelles peuvent toutefois être annoncées par le réseau CIBTP, notamment en cas d’épisode de chaleur précoce ou tardif.
Pour qu’un arrêt soit recevable, le chantier doit généralement se situer dans un département placé en vigilance orange ou rouge par Météo-France. L’arrêt est également éligible, même en l’absence de vigilance orange ou rouge, lorsqu’un arrêté préfectoral ordonne une suspension d’activité en lien avec la canicule. L’entreprise doit alors joindre une copie de cet arrêté à sa déclaration.
Lorsque l’arrêt est validé, les salariés sont indemnisés selon les règles du régime de chômage intempéries géré par les caisses du réseau CIBTP. La déclaration d’un arrêt au titre des intempéries canicule BTP peut également constituer un élément utile pour justifier une demande de prolongation du délai d’exécution des travaux. Les conséquences sur les délais contractuels et les éventuelles pénalités de retard dépendent toutefois des documents contractuels applicables au chantier.
Pour les conducteurs de travaux, la traçabilité des décisions prises pendant un épisode de chaleur est essentielle. Une solution de Gestion Électronique des Documents (GED), incluse dans Techtime, permet de centraliser différents documents stratégiques comme :
L’article L4131-1 du Code du travail autorise un salarié à se retirer d’une situation de travail lorsqu’il estime qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa santé ou sa vie. La vigilance météo ne déclenche pas automatiquement un droit de retrait. Chaque situation doit être appréciée en fonction des conditions réelles d’exposition et des mesures de prévention mises en place sur le chantier.
Certaines situations peuvent, selon les circonstances concrètes du chantier, contribuer à caractériser un danger grave et imminent. C’est notamment le cas lorsqu’il n’y a pas d’eau potable, pas de protection contre le soleil, pas de pauses adaptées ou lorsque l’exposition demeure excessive malgré les mesures de prévention mises en place.
En cas de désaccord sur les conditions de travail, disposer d’un historique des mesures de prévention, des photos du chantier et des comptes rendus facilite le dialogue avec les équipes. Cela permet de justifier les décisions prises.
Une évaluation des risques absente ou insuffisamment actualisée fragilise l’entreprise en cas d’accident et peut entraîner des sanctions. Le Code du travail impose à l’employeur de transcrire et de mettre à jour dans le DUERP les résultats de l’évaluation des risques, y compris ceux liés aux ambiances thermiques (article R. 4121-1).
Le défaut de transcription ou de mise à jour du DUERP constitue une contravention de cinquième classe (article R. 4741-1 du Code du travail), soit une amende maximale de 1 500 € pour une personne physique et de 7 500 € pour une personne morale. En cas de récidive, ces plafonds peuvent atteindre respectivement 3 000 € et 15 000 €.
Depuis le 27 juin 2026, l’absence même de DUERP peut également donner lieu, sous réserve de l’absence de poursuites pénales, à un avertissement ou à une amende administrative prononcée par l’autorité compétente (article L. 8115-1 du Code du travail). Cette amende peut atteindre 4 000 € et être appliquée autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés ; son plafond est doublé en cas de nouveau manquement de même nature dans les deux ans suivant la notification d’une précédente amende (article L. 8115-3 du Code du travail).
L’accès à l’eau doit être simple, permanent et adapté au nombre de salariés présents sur le chantier. En l’absence de point d’eau, l’employeur doit prévoir une quantité suffisante d’eau potable fraîche à proximité des postes de travail. Une mauvaise anticipation augmente le risque de déshydratation, de malaise et de non-conformité lors d’un contrôle.
Conserver les mêmes horaires lors d’un épisode de canicule expose les équipes aux températures les plus élevées de la journée. Lorsque cela est possible, il est recommandé d’avancer le début des travaux, de renforcer les pauses et de limiter les tâches les plus physiques. L’objectif est de réduire les risques de malaise, d’accident et de baisse de vigilance.
Les pauses permettent aux salariés de s’hydrater, de récupérer à l’ombre et de faire baisser leur température corporelle. Les réduire ou les supprimer pour respecter le planning augmente le risque de fatigue, de baisse de vigilance et d’accident. Mieux vaut adapter le rythme du chantier que gérer les conséquences d’un malaise.
Le travail isolé complique la détection rapide des premiers signes de déshydratation ou de coup de chaleur. En période de canicule, privilégiez le travail en binôme ou une surveillance régulière des équipes. Une intervention rapide peut limiter la gravité d’un malaise et faciliter la prise en charge des secours.
La canicule est désormais un risque professionnel à intégrer lorsqu’il faut préparer et organiser un chantier. Les principales mesures pour éviter les accidents sont la mise à jour du DUERP, l’adaptation du planning, la protection des équipes et l’anticipation d’un éventuel arrêt.
Pour le chef d’entreprise, le responsable de chantier ou l’artisan présent sur le terrain, la traçabilité des décisions prises pendant un épisode de chaleur est aussi importante que les mesures de prévention elles-mêmes. En regroupant vos documents réglementaires, vos photos, vos comptes rendus et le suivi quotidien de vos chantiers dans un seul outil, Techtime vous aide à sécuriser vos interventions tout au long des épisodes de fortes chaleurs.